Le grand capital et ses féodalités

Saïd Chatar
Saïd Chatar

Le grand capital et ses féodalités s’opposent à la liberté. Ils dissimulent toutes les mystifications, tous les subterfuges. Ils cachent toutes les ambitions d’exploitation et d’oppression des peuples. Ils se disent libéraux pour avoir l’air d’approuver les nouveautés. Ils se disent libéraux par crainte, vantardise ou simplement calcul.

Le grand capital et ses féodalités essaient d’entraver le progrès par des promesses non tenues, des réformettes, des vocables dépourvus de sens employés à tout propos pour calmer les impatiences populaires. Ils ne vont aux réformes que contraints. C’est pour cela qu’ils affirment leur tolérance, leur respect des opinions contraires, leur passion de la vérité de la démocratie sous sa forme ploutocratique, pleine de privilèges, respectueuse des préjugés et des conventions les plus absurdes, n’accordant des faveurs qu’aux faux talents et à l’habileté.

Le grand capital et ses féodalités laissent à chacun le droit de penser ce qu’il veut. Mais aussitôt que ce droit se manifeste, ils se montrent pour exiger que leurs « esclaves » aient les mêmes opinions qu’eux. Ils fouinent dans leur vie privée, leur reprochent leurs idées et leurs actes. Ils admettent qu’on les critique, mais ils se vengent. Ils tiennent beaucoup à paraître protéger la liberté d’opinion, mais ce n’est qu’un trompe-l’œil et un bluff. Quand sous la pression des esprits libres, le grand capital et ses féodalités timorés, sont réduits à faire des réformes, à retaper quelques lois caduques, ils sont contents parce qu’ils croient avoir sauvé l’ordre, l’autorité.

La réforme, c’est quelque chose de forcé que Le grand capital et ses féodalités font contre leur gré. Ils agissent à contre cœur. Ils sont mécontents d’avoir été contraints de la faire et qu’ils ont tenu à manifester leur mécontentement en la faisant avorter. Les réformes du grand capital et ses féodalités ne sont que des coups de pioche maladroits dans l’édifice vermoulu de leur régime politique qu’ils croient reconstruire : ils ne font que détruire leurs propres préjugés, leurs propres erreurs. En effet, les réformes sont le moyen qu’ont le grand capital et ses féodalités d’arriver à se détruire eux-mêmes. Cependant, ce sont parfois les réformistes et les  « esprits avancés » de la bourgeoisie du grand capital et ses féodalités qui font le plus de mal à « l’ordre » et à « l’autorité ». C’est pourquoi nous devons envisager à certains moments, « d’un bon œil » les réformes qui nous aident singulièrement dans notre œuvre de démolition des instituions obsolètes. Ainsi devons-nous prêter notre appui au réformisme et au besoin le faciliter même si certains croient à la conversion des révolutionnaires.

capitalisteMême si le grand capital et ses féodalités révèlent un certain état d’âme, ils contribuent également à l’anéantir. Mais ce n’est pas un mince résultat. Donc, les réformes seront utiles, au moins. Elles feront mieux qu’une brusque révolution : sur ce point, j’espère que nous sommes d’accord.

L’évolution fait plus que l’insurrection. Elle émiette lentement et progressivement les vieux édifices des égoïsmes, des sentiments, des illusions. Elle mine sourdement les vieux palais, les vieux réduits, les vieux repaires où se retirent les vices, les banalités et les stupidités. Elle ronge lentement la société ultralibérale et féodale en la faisant assister à sa débâcle.

Par ailleurs, en raison de la tournure prise par les événements politiques en Libye, en Egypte, au Yémen, et dans une certaine mesure en Tunisie, nous préférons les vraies réformes à la révolution, à la violence et aux réformettes. En effet, les réformes font plus de mal à la société bourgeoise ultralibérale du grand capital et ses féodalités que les « bombes » et « l’action directe » qui l’effraient momentanément. Ces réformes sont des vraies révolutions, même si le grand capital et ses féodalités peuvent vivre encore longtemps, car leur existence sera si précaire, si lamentable, qu’elle sera pire que la mort.

Ainsi, pour éviter le chaos réactionnaire et obscurantiste qui refuserait aux marocains le droit à l’existence, à la pensée, à la création, au travail et à la dignité, les patriotes de la société civile et de l’Etat se doivent d’agir en synergie, c’est-à-dire de mettre en commun, les moyens et les instruments institutionnels que la « nouvelle constitution » met à leur disposition, pour pousser aux vraies réformes en vue d’aboutir à une monarchie parlementaire. Donc, soyons réformistes jusqu’au bout. C’est une question de vie ou de mort pour le peuple marocain et son institution royale. Tel est le défi que le Maroc doit relever en ce début du troisième millénaire…

Saïd CHATAR.

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