Le sirop de Liége et la viande halal

Ikram Benaissa
Ikram Benaissa

Ces derniers jours, plusieurs évènements se sont passés dans l’actualité belge. Comme souvent, les informations ne cessent de s’accumuler et cela ne donne pas lieu à une analyse sur les situations. Oui, souvent, les gros titres suffisent pour animer la toile et l’opinion publique. Aussi, afin d’ajouter un peu de nuance dans ces sujets variés mais toujours en lien, ici, avec l’islam et les belges de confession musulmane, nous avons voulu présenter quatre volets qui comportent des grilles de lectures, des interrogations mais aussi des éclaircissements. Ces quatre parties sont les suivantes: « L’opinion public belge et l’islam. », «Le capitalisme : l’offre (le halâl) et la demande (les musulmans). », « un centre islamique pour les islams de Belgique? » et enfin, «  La fête du sacrifice ».

Il est important avant de commencer, de comprendre qu’en Belgique, il y a différentes expressions religieuses en lien ave l’islam. En effet, parce que ces belges sont d’origines différentes, il y a en partie, une influence de la religion musulmane qui vient d’une interprétation parmi tellement d’autres du pays d’origine. Mais ce n’est pas forcément le cas. En effet, ces belges de confession musulmane sont aussi influencés par les différents points de vue qui circulent en Belgique, que cela soit à travers le biais des mosquées mais aussi par la rencontre de certains conférenciers ou encore via les réseaux sociaux où des protagonistes s’expriment sur ces réseaux. Plus que cela, il y a l’expression spirituelle recherchée personnellement et que tout un chacun va s’accaparer afin de vivre sa religion. Rappelons-le, ces musulmans, sont d’origines diverses mais bien belges et parfois sont aussi belges de souche.

L’opinion belge et l’islam :

Qu’il s’agisse du traitement des moutons, de l’apparition au JT le jour de la fête nationale d’une femme portant le foulard ou du sirop de Liège ayant dorénavant le label Halâl, à chaque fois, la population belge s’enflamme. D’une part, nous avons ceux qui dénoncent ces évènements, qui selon eux, portent atteinte directement à l’identité belge et d’autre part, nous observons une contre réponse à cela, des belges de confession musulmane eux-mêmes mais aussi, d’autres belges qui ne comprennent pas en quoi la fête du sacrifice, la présence d’une femme voilée pour représenter la population belge ou le label halâl seraient un problème. Les uns ne se retrouvent pas dans ces aspects et d’autres s’y retrouvent complètement. Mais concrètement, cette diversité belge, qui d’ailleurs ne se limite pas du tout à la communauté musulmane, est un point qui a été évoqué dernièrement. En effet, selon le CCIB, les actes d’islamophobie ont doublé depuis 2011. Rappelons que l’islamophobie est de la xénophobie envers les musulmans. Que faire ? Il est évident, que nous ne pourrions pas imposer des cours de citoyennetés et du vivre ensemble à des adultes au quatre coin de la Belgique. Aussi, il serait intéressant que les instituts privés comme publics, mettent en place des formations dans le cadre du vivre ensemble et de la cohésion sociale. La télévision et les médias ne sont d’ailleurs pas exclus, et sont aussi un moyen de faire apparaître cette diversité qui existe en Belgique. Il nous semble important que ces acteurs, directeurs, employeurs ou responsables fassent cet effort afin de peut-être, diminuer ces appréhensions vis-à-vis de l’autre, qui est belge aussi.

Le capitalisme : l’offre (le halâl) et la demande (les musulmans).

sirop de liègeD’un point de vue économique, la situation est clairement positive pour les sociétés comme Meurens. En effet, s’ouvrir à d’autres marchés, est un moyen de développer l’entreprise, qui rappelons-le reste belge. Aussi, cette ouverture n’a rien d’extraordinaire : il s’agit de répondre à une demande et cette demande est notamment reliée au concept du halâl. D’autres entreprises ont clairement compris qu’il s’agissait (le halâl) d’une demande importante au niveau international mais aussi national. En effet, une partie de cette population belge, comprend des belges de confession musulmane qui ont un régime alimentaire parfois particulier comme bien d’autres régimes, comme par exemple le régime végétarien. La question est de savoir pourquoi cela devrait-il gêner les commerçants et hommes d’affaires, puisque la base même de l’économie en place est celle reliée au capitalisme, à l’union entre l’offre et la demande ? Aussi, pourquoi cette exclamation des anti-halâl, ne viendrait-elle pas, par exemple, à propos des partenariats économiques en lien avec l’armement ? Les armes sont aussi vendus au sein de pays en guerre. Là, il est certain que ces contestations prendraient sens… Enfin, ces acteurs qui voient en le halâl, une ouverture vers une économie plus enrichissante, pourraient également conscientiser à travers des spots publicitaires ou au sein même de leurs entreprises à l’explication de cette nouvelle tendance, cela pourrait peut-être calmer certains esprits.

Un centre islamique pour les islams de Belgique ?

Le centre islamique de Belgique est effectivement un centre qui représente une partie de la communauté musulmane de Belgique. La collaboration évoquée récemment entre la Belgique et l’Arabie Saoudite concernant le changement de direction est effectivement à voir comme un élément positif puisqu’il s’agit d’éviter de donner la parole à des personnes véhiculant des discours haineux et de violence. Cependant, l’origine de cette vision musulmane extrême et qui rejette l’Autre tout simplement parce qu’il est différent est un aspect qui a été introduit sur le territoire belge par cette collaboration avec le pays des al-Saoud. Heureusement, grâce à l’immigration de travailleurs marocains, turcs ou encore albanais, d’autres visions de l’islam se sont instaurés en Belgique, et c’est ce qui a permis de maintenir ce pluralisme spirituel. Aussi, nous sommes dans une période particulière, puisque le changement de direction est assez récent, peut-être qu’il y aura la possibilité que ce centre devienne cette représentation de l’islam belge, à savoir : pluriel. Mais, parce que le financement reste toujours en lien avec l’Arabie Saoudite, il y a fort peu de chance que cela arrive de sitôt. Mais la question reste ouverte : ne faudrait-il pas, avoir un lieu où toutes les tendances musulmanes puissent se retrouver et enfin, avoir un lieu où l’on pourra avoir des décisions communes à cette diversité islamique ?

La fête du sacrifice et les moutons : deux éléments à mettre en avant :

Enfin, si l’abattage des moutons lors de la fête du sacrifice pour les musulmans pose des problèmes, il est nécessaire de se poser les bonnes questions. Dans un premier temps, il serait intéressant de comprendre le rituel du sacrifice des musulmans. De plus, cette pratique qui d’ailleurs n’est pas spécifique à cette religion, a un sens ésotérique et ne se limite pas un acte apparent. En effet, les conditions islamiques requises à ce sacrifice mettent en avant le bon traitement de l’animal afin de limiter la douleur de l’acte mais ce n’est malheureusement pas le cas dans chaque situation. Aussi, une réflexion du coté des musulmans devraient se faire, et c’est notamment par rapport au sens de ce sacrifice. La question de savoir si une alternative ne pourrait pas être envisageable permettrait de sortir de cette situation compliqué. Il est certain que les fermiers qui vendent des centaines de moutons durant cette période ne seront pas ravis mais penser une alternative serait un moyen de cesser le débat et d’ouvrir l’interprétation de cet acte.

Par Ikram Benaissa

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