Les réfugiés

Ikram Benaissa
Ikram Benaissa

Il y a quelqu’un ? Comment allez-vous ? Ma dernière nouvelle porte sur l’actualité du moment: les réfugiés. Comme vous le savez, j’utilise ma plume pour rendre hommage, il m’a semblé évident le faire pour ces personnes qui vivent des moments très difficiles. Bonne lecture à vous, Ben Aissa Ikram, Ecrivaine.

Bruxelles, un réfugié syrien réfléchit sous une tente dans un parc de la commune de Molenbeek…

Assis à même le sol, sur ses quelques vêtements entassés à terre, l’homme fixait sans cligner de l’oeil, l’extérieur de la tente. Il entendait plusieurs voix se répandre, des discussions en plusieurs langues et surtout des personnes qui circulaient d’un endroit à l’autre. La fatigue se prononçait sur son visage, et sa main droite avait de plus en plus tendance à trembler et ce, même à l’état de repos. Parfois, un visage d’enfant apparaissait à l’intérieur et s’en allait aussitôt. Des journalistes s’introduisaient également, ces derniers prenaient quelques photos et se retiraient à leur tour. Puis, il y avait aussi ces personnes qui proposaient à boire et à manger, eux, ils avaient un regard compatissant. Enfin, la personne qui intéressa l’homme au visage fatigué était ce chercheur d’une association des droits de l’Homme, qui, avant d’entrer, a eu la délicatesse de lui demandé la permission de venir discuter avec lui. L’homme se leva, posa sa main tremblante sur le cœur et lui fit un geste, l’invitant à se rapprocher.

Le chercheur portait un pull blanc, dessus, le logo faisant référence à l’institut qu’il représentait. Le réfugié syrien lui dit en anglais : « Je vous ai demandé de vous rapprocher de moi car comme vous pouvez l’imaginer, je ne suis pas le seul à vivre sous cette tente. Mon espace se limite à cette partie et je me dois de respecter celui des autres camarades. Je ne peux malheureusement pas vous proposer un verre de thé mais vous n’êtes pas là pour cela n’est-ce pas ?». Le chercheur le remercia, il lui expliqua alors l’objectif de sa présence, et l’intérêt de son témoignage pour la défense des droits de l’Homme et du droit des réfugiés. Il lui expliqua qu’il avait réalisé une étude qui prouvait que les interventions militaires qui se déroulaient dans cette région du monde, n’avait pas eu l’effet souhaité : celui de cesser les massacres. Bien au contraire, cette coalition occidentale, aidée par les pays régionaux n’avait fait qu’augmenter le nombre de morts. Il souligna que la plupart de ces défunts n’étaient ni des terroristes ni des combattants, mais des enfants et des civils. Après lui avoir expliqué les conclusions de cette étude, l’homme qui l’écoutait attentivement se demandait pourquoi ce chercheur lui expliquait tout cela. En effet, ces études n’avaient aucun intérêt pour lui, l’homme au visage fatigué ne pensait qu’à sa situation actuelle : il a été obligé de quitter sa terre natale, son foyer, ses habitudes et son entourage pour un pays qu’il ne connaissait guère et où une vie de misère semblait se dessiner. Et puis, les conclusions de cette étude, il la connaissait fort bien, il en était l’une des conséquences. L’homme était déprimé, survivre c’est ce qui l’avait forcé à partir mais, le chemin de traverse avait été trop pénible. Plusieurs rencontres violentes avec certaines autorités européennes n’avaient fait que lui saigner le cœur et diminuer l’espoir qui l’animait encore un peu. Pourquoi ce chercheur lui expliquait la situation de son pays ? Il savait très bien ce qui s’y passait et c’est d’ailleurs pourquoi il s’était retiré de là-bas. Le chercheur avait compris cela dans le regard du réfugié syrien. Il lui posa directement la question pour laquelle il était venu :
– « Si je suis venu vous déranger un moment, c’est parce que je voudrais vous donner la parole, vous demandez ce que vous ressentez et ce que vous pensez de cette situation actuelle. »
Après quelques minutes de silence, un enfant s’est introduit sous la tente en direction de l’homme au regard fatigué, une bouteille d’eau et une collation à la main. L’enfant dit au chercheur : « Bonjour » et sans attendre une réponse de sa part, donna ce qu’il avait en main au réfugié syrien. Ce dernier embrassa le petit sur le front, le remercia en dialecte syrien, puis, proposa une partie de ce qu’il avait reçu à son voisin. Le chercheur refusa poliment l’offre, baissa le regard vers le bas, gêné par la générosité d’une personne qui ne possédait rien du tout, puis, attendit que le réfugié réponde à sa question.

L’homme déposa la bouteille d’eau et la collation sur le coté et dit :
– « Vous me demandez mon avis sur ma situation. J’ai tellement de chose à dire et en même temps, je suis épuisé avant même de vous expliquer ce que je pense. Vous savez, avant que vous ne veniez, j’étais entrain de réfléchir à quelque chose qui m’a fait sourire, pas parce que c’est drôle, mais parce que d’une situation triste, il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Hier soir, une personne m’a informé qu’à Bruxelles, il y a plusieurs communes, et qu’ici, je suis dans la commune de Molenbeek. En entendant ce nom, j’ai fais le lien avec ces jeunes belges de confession musulmane qui ont quitté la Belgique pour venir faire le Jihad chez moi en Syrie. Eux, ils ont quitté volontairement leur pays, s’introduisant dans le mien pour y faire la guerre, pour apparemment nous apporter une vie meilleure, et en partie, à cause de cela, je suis forcé aujourd’hui de venir vivre ici, à l’endroit même où ces personnes vivaient. Vous ne trouvez pas cela étrange ? Bon, il est vrai que cela n’a pas vraiment le même impact, moi j’ai quitté de force ma maison et une situation assez correcte, car je suis médecin de formation, pour me retrouver sans avenir clair. Alors vous savez, ce que j’en pense, c’est assez évident : je dois croire qu’il y a un sens à tout cela, je dois me forcer à garder espoir, pour moi mais aussi pour toutes ces personnes qui ont des enfants et leur femme avec eux. Je dois maintenir mon morale positivement, me dire que cette tente vaut tout l’or du monde, et qu’un jour ce cauchemar ne sera qu’un mauvais souvenir. Pour le moment, c’est à quoi je pense. Et si je ne persévère pas en ce sens, il est certain qu’il n’y aura pas d’avenir pour Muhammad.

– Le chercheur : « Muhammad ? Est-ce votre prénom ? »
– Oui, je suis l’ainé d’une famille de confession musulmane. La tradition veut que le premier fils porte le nom de sceau des prophètes des religions monothéistes.
– « Et vous, êtes-vous musulman chiite ou sunnite ? »
– Aujourd’hui, je ne sais pas si je suis musulman, alors sunnite ou chiite, cela m’importe guère. Les atrocités qui ont été réalisées au nom de cette religion m’écœurent. Tant les chiites que les sunnites ce sont disputés pour le pouvoir en Syrie. En réalité, les intérêts politiques des uns et des autres, leur ont fait oublier que les armes sont l’utilisation du faible lorsqu’il n’a pas réussi à résoudre les problèmes en dialoguant. Mais ont-ils réellement dialogué ? Ils ne savent que crier « Allahu Akbar », et nous dire que l’islam, c’est la sharia. Mais aucun des belligérants n’a su amener de l’ordre dans le pays depuis 2011 déjà. Moi l’islam que je connais, c’est celui de mes parents, c’est celui qui me demande de respecter mon prochain, de ne pas faire passer mes intérêts au détriment des autres, et surtout de combattre mon égo au lieu de m’occuper des vices des autres. Non vraiment, je ne sais plus quoi penser de cette religion, dans mon cœur, je crois toujours au Seigneur, mais le reste, je ne sais plus. A cause de leurs actes, ils m’ont éloigné de l’islam.

Le chercheur prenait note rapidement de ce qui était entrain de se dire. Son téléphone sonna durant cette interview, il ouvrit rapidement son GSM, c’était sa femme qui lui avait écris un message : « C’est qui cette fille sur Facebook que tu as ajouté ???? Ce soir tu ne dors pas à la maison !!! » Le chercheur prit ses lunettes afin de relire ce message car il n’en croyait pas ses yeux : il avait à coté de lui, un homme avec de terribles épreuves, seul, dans un pays qu’il ne connaissait pas, dormant sous une tente qui ne permettra surement pas à cause du froid de l’hiver de le protéger et de l’autre coté, il y avait son quotidien : une épouse qui n’avait aucune confiance en lui, qui ne croyait pas en ces causes et qui n’y prêtait même pas attention. Le chercheur se disait au fond de lui-même : Voilà ce qu’une partie de la population est : elle est enfermée dans ses inquiétudes et fantasmes du quotidien, s’enfermant sur leur propre personne, et passant outre ce qui se déroulait sur cette terre où elle vivait. Tout d’un coup, il se voyait bien dormir avec ce réfugié, cela aurait été beaucoup plus chaleureux que son grand appartement en plein centre de Bruxelles, dans un quartier chic, où l’opinion majoritaire était contre la venue de ces migrants. « Migrant ». Mais c’était l’erreur que plusieurs faisaient : ces personnes qui quittaient leur pays en guerre n’étaient pas des migrants, ils étaient des réfugiés et les pays démocratiques avaient signé pour leur sécurité. Cependant, tenir sa parole n’était plus aussi important apparemment…
Le chercheur se leva, il remercia le réfugié syrien pour avoir partager ce moment avec lui. Lorsqu’il essaya de lui serrer la main, elle tremblait encore plus. L’homme au visage fatigué remarqua l’inquiétude du chercheur à ce sujet, et il lui dit alors : « traumatisme de guerre, que voulez-vous, nous avons tous nos séquelles et cela, ce n’est que physique, psychologiquement, allez savoir ce qu’il y a là-dedans… »

En sortant de cette tente, il faisait déjà nuit. Aussi, en marchant en direction d’un hôtel, il se disait : « L’humain est souffrant, il doit apprendre à se guérir par soi-même. La solution ? Prendre du recul sur ce qui ne va pas dans sa propre vie et découvrir l’essentiel. Car certes, chacun a sa propre histoire, et il va falloir sortir de la nôtre, et découvrir celle des autres… »

BEN AISSA Ikram,
Ecrivaine
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