Existe-t-il réellement une victimisation des musulmans par rapport à l’Etat Islamique ?

Terrorisme
Terrorisme

Plusieurs pensées sont véhiculées dernièrement à propos de l’irresponsabilité et la victimisation des musulmans par rapport à ces jihadistes qui s’identifient comme musulmans, qui utilisent les textes islamiques (Coran et Tradition musulmane notamment) afin de justifier leurs actes. Ainsi, les personnes en question veulent montrer du doigt les corpus de l’islam comme étant notamment le problème, puisqu’il existe en son sein, des versets qui invitent à la violence ou qui parle de violence. Aussi, dans ce contexte, il n’est pas possible d’ignorer la réalité de ces messages provenant de ce corpus et donc l’expression violente de ces musulmans. Cette pensée ajoute aussi que puisque ces texte existent et que ces musulmans les utilisent, il n’est pas possible de les retirer de la foi musulmane en déclarant à longueur de journée par la majorité de ces croyants adhérant à la foi islamique: « L’EI, ce n’est pas l’islam ». Cette vision est réductrice car elle oublie plusieurs autres facteurs essentiels à la compréhension du groupe Etat Islamique.

Quelques points qui différencient le message prophétique des actes réalisés par DAESH:

Si nous souhaitons comprendre la foi musulmane, il est essentiel de remonter à l’époque de Muhammad (7e siècles du calendrier Grégorien) afin d’observer comment ce dernier vivait et quelles ont été ses décisions lorsqu’il édifia une nouvelle société basée sur l’islam. Nous pouvons mettre en avant, l’exemple de la ville de Médine. La présence de tribus juifs qui précédaient l’arrivée du prophète de l’islam dans cette ville, montrent qu’ils ont complètement été intégré à la société musulmane, les chrétiens aussi, ce que DAESH n’a pas du tout respecté lorsqu’ils massacrèrent ces chrétiens irakiens ou les condamnant à l’exil par exemple.

Un deuxième élément qui doit être souligné, c’est la modification du sens qu’a le terme jihad pour ces terroristes, et qui n’a plus du tout la même signification dans la pensée musulmane et qui fait l’unanimité dans cet islam complexe et pluriel. Le jihad actuel peut être définit comme suit: « combattre et tuer pour la cause d’Allah ». Cependant, cette définition est complètement différente de ce que les textes islamiques nous expliquent à propos du Jihad. En effet, il existe en islam deux types de Jihad, le Grand Jihad et le Petit Jihad. Le premier étant le plus important et qui s’articule dans l’effort de soi, de s’améliorer afin de devenir meilleur. Le second Jihad, qui n’est utilisable que dans des cas particuliers, et donc dans des contextes précis, est définit comme étant de la légitime défense face à une agression subit ou lors d’une guerre. Il s’agit donc de se défendre dans une situation où il y a un attaquant. L’attaqué étant dans le droit de se défendre. Le musulman n’était ici pas définit comme étant l’attaquant. De plus, plusieurs traditions islamiques mettent en avant à quel point le prophète Muhammad était une personne qui symbolisait la miséricorde et le pardon, et que surtout, ce dernier ne répondait pas au mal par le mal.

Un troisième élément que nous pouvons souligner pour démontrer une réelle différence entre les actes de l’EI et les messages principaux de l’islam qui font l’unanimité, est celui de l’importance de la vie. Nous pouvons observer dans plusieurs vidéos, à quel point il est facile pour ces criminels de tuer des individus qu’ils nomment « mécréants » (il faut noter qu’au sein de ces mécréants, plusieurs minorités en islam sont inclus dont les chiites et les Yazidis). Cependant, plusieurs versets coraniques mettent en avant que la vie est sacrée et qu’il n’est pas permis à un croyant de s’en prendre à la vie d’un humain sauf dans un contexte de guerre. L’un des versets en question est le suivant: « Ne tuez pas la personne humaine, car Allah l’a déclaré sacrée ». S. 6, V. 151.

Nous ne pouvons évidemment pas ignorer la présence de violence dans ces corpus islamiques, qui doivent être recontextualiser et qui le sont évidemment pour plusieurs cas. Au-delà du travail de textes, qui est nécessaire, il est à souligner que la foi musulmane bien que se basant sur ces corpus, ne se limitent pas qu’à cela et que la transmission des principaux messages de l’islam, se fait également par le biais de l’éducation familiale où les messages d’amour et de paix sont complètement majoritaire. Il suffit d’évoquer le cas de la coprésidente d’Ecolo qui émue a déclaré : « Ce n’est pas ce que mes parents m’ont appris ». Donc au-delà du travail des textes islamiques, il y a une réalité sociologique, où les musulmans ont connus l’islam par d’autres biais qui leur est complètement opposé à ce que ces terroristes mettent en avant. Mais pourquoi y a t-il des personnes qui se disent appartenir à l’islam et qui commettent des crimes en son nom?

L’islam n’a pas de clergé à l’exception du chiisme duodécimain, deuxième courant en islam. Cette information est extrêmement importante, car cela signifie, qu’il n’y a pas de structure par le haut, une instance représentative des musulmans qui permettraient d’établir quelles sont les lignes directrices les plus essentielles et celles qui ne le sont pas. En effet, nous pouvons observer la présence de savants musulmans, d’imams, qui vont apporter différents avis et parfois similaires ou complémentaires. De plus, ce sont les musulmans eux-mêmes qui décident d’écouter tel ou tel prédicateur. Le prêcheur étant important selon le nombre de croyants qui souhaitent l’écouter. Le phénomène se passe par le bas. Il y a également les prêches d’imams à la mosquée, que le croyant va entendre lors de ses rencontres pour prier (notamment les vendredis). Une autre dimension est à inclure dans ces différentes voies (non exhaustives), c’est l’arrivée d’internet et de prédicateurs qui vont publier des conférences et des points de vue sur Youtube par exemple, et qui sont des discours qui contribuent à la haine et à la violence mais là encore, pas pour tout ces prédicateurs. Néanmoins, ce sont évidemment, les musulmans qui décident d’écouter les prêcheurs. Ce qui rend la structuration de l’islam majoritaire (sunnite) très compliquée. Cependant, plusieurs écoles juridiques permettent d’observer les tendances principales de l’islam. C’est donc une école en particulier qui va développer une vision extrême à savoir le wahhabisme (que l’on assimile à l’école Hanbalite) et qui est présente en Arabie Saoudite.

La politique et l’islam:

L’Arabie Saoudite a plusieurs partenariats avec la Belgique mais en générale c’est avec l’Occident et historiquement parlant avec les Etats-Unis. Un partenariat qui s’articule sur des intérêts économiques et qui font fi de ces visions extrêmes et violentes véhiculées facilement sur le territoire belge et donc dans les librairies musulmanes. C’est d’ailleurs durant les années 70 que l’Arabie Saoudite qui ne représente pas la vision majoritaire de l’islam, va transmettre partout dans le monde sa vision minoritaire. C’est de cette manière que nous pouvons observer cette approche islamique au sein de la communauté musulmane. Rappelons toutefois, que les musulmans de Belgique sont de différentes origines, que leur bagage islamique est multiple et va parfois être imprégné de cette vision extrême qui ne se limite pas à la violence, mais bien à des questions d’ordre du licite et de l’illicite, de la manière de se vêtir etc. Ces individus ne sont pas forcément adhérant à cette vision wahhabite mais ils peuvent, sans savoir ce qu’est l’islam et sa pluralité, entrer dans des milieux qui se limitent à faire croire que l’islam est monolithique et imposer cette vision d’un monde manichéen. Ces éléments nous expliquent la manière dont les politiques ont laissé cette vision arrivée sur le territoire belge afin de préserver certains partenariats. Aussi, il est à noter que dans toutes les religions monothéistes, des textes appelant à la violence sont présents et que cela n’a pas pour autant inviter les croyants à y adhérer. Enfin, au-delà de ces éléments à prendre en compte, il est à noter que les premières victimes des attentats de l’EI dans le monde sont les musulmans eux-mêmes, et que de ce fait, il est tout à fait légitime que les croyants musulmans expliquent que l’EI n’est pas l’islam! Parler de la victimisation des musulmans par rapport à ce groupe de terroriste est donc mal venue, dans la mesure où il ya réellement des messages principaux de l’islam qui ne sont pas respecter par l’EI, l’absence d’un clergé musulman ne permettant donc pas de faire sortir quiconque de la foi musulmane restreint également le rejet de ce phénomène, des partenariats avec des gouvernements que l’ont sait investis dans cette crise n’ont pas permis d’apporter de l’ordre en Syrie et en Irak notamment, mais aussi, en Europe et chez nous, en Belgique. Aussi, il est essentiel lorsque l’on veut mettre en avant ce qui se passe, ce qui est entrain de se passer, et ce qui s’est passé, d’introduire tout les acteurs et les facteurs qui ont amené à tout cela! C’est du moins ce que j’appelle de l’honnêteté intellectuelle !

Ikram Benaissa
Ikram Benaissa

BEN AISSA Ikram

Ecrivaine

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