Une foulardée dans le métro….

Islam (31)Depuis le 13 novembre, rien n’est plus pareil. Mais c’est surtout depuis le 20 novembre, lorsque notre gouvernement a décidé d’augmenter le niveau de la menace à 4, que les choses se sont réellement aggravées. En effet, nous, citoyens de Belgique étions tous derrière nos écrans afin de savoir ce qu’il en était, l’air très grave et très inquiet. La peur avait été véhiculée au sein de toutes les chaumières, les rues de Bruxelles n’étaient plus « safe » : la capitale de l’Europe et ses habitants étaient menacés. Puis, quelques jours après, le niveau est enfin descendu à 3, on ne sait pas trop pourquoi, mais personnellement j’y ai trouvé du soulagement. La vie pouvait reprendre son cour. Donc je suis sortie, reprendre mon quotidien, en tant que belge d’origine étrangère et surtout, de confession musulmane qui porte un foulard. En écrivant « musulmane », j’ai déjà un ras-le-bol qui me vient à l’esprit : comme les autres, j’en ai assez d’entendre parler d’islam, de radicalisation, de terrorisme, de jihadistes et tout cela, dans une même phrase. J’en ai complètement assez. Aux informations, ils ont su depuis 2001 au moins, nous farcir à toutes les sauces l’islam, le terrorisme et les musulmans. Malheureusement, pour plusieurs, les médias sont la seule voie par laquelle ils peuvent avoir une rencontre avec cette communauté diverse et plurielle. Par les médias mais aussi par le biais du métro, transport en commun utilisé par beaucoup de citoyens aux origines diverses. Il m’arrive d’ailleurs souvent de prendre les métros et donc, de me mélanger à cette diversité bruxelloise qui comporte selon une étude, 75% de bruxellois, d’origine étrangère. Aussi, le mercredi 25 Novembre, je me suis préparée pour aller travailler. Comment allais-je m’habiller ? Et surtout était-ce réellement sécurisé ? J’avais une double peur : celle d’une musulmane qui risque de se faire agresser, car elle représente cet islam apparemment très violent (et un cas notamment avait été relaté la veille, dans les journaux à propos d’une femme qui porte le foulard et qui s’est vu rouler dessus par un conducteur qui lui avait pourtant permis de passer sur les passages pour piétions), mais aussi, en tant que citoyenne bruxelloise qui ne savait pas ce qui pouvait réellement arriver. Une double peur et de l’angoisse à n’en plus finir, voilà ce dont il était question. J’ai donc décidé de ne rien changer. Peut-être que finalement, la réalité est moins grave que ce que l’on véhiculait à la télévision. Peut-être.

J’ai donc arrangé mon foulard noir sur la tête, car ce jour-là, je n’étais pas d’humeur à mettre de la couleur, mais surtout, cela convenait avec ce que je portais. J’ai rapidement préparé mes sacs, l’un avec mes repas de la journée, et puis l’autre, qui était en réalité, mon sac à main. Je suis montée dans ce métro, il y avait une place où je me suis donc assise avec mes deux gros sacs. Très vite, j’observe le regard d’un des passagers, un regard insistant, grave et cela en observant mes deux grosses besaces. Elle ne cessait guère de me regarder, pensant certainement qu’elle vivait les derniers instants de sa vie. Ce qu’elle ignorait, c’est qu’il y avait dans mon gros sac : un thermos, une boite à tartine, des mandarines, une bouteille d’eau ainsi que ma grosse écharpe acheté comme mon châle sur la tête, chez Zara. Oui, mon foulard faisait peur. Il faut savoir, qu’à la base, avec ces châles que je porte, je faisais déjà assez exotique pour certains. J’étais donc dorénavant, la belge exotique qui pourrait être une collègue de l’EI. Qu’il fait bon de vivre à Bruxelles ! N’est-ce pas ? Les préjugés ne s’arrêtent jamais ! Quelques arrêts plus tard, c’est un homme qui vient s’asseoir en face de moi, le regard noir, l’air violent, il s’exclame alors : « Vous les terroristes, vous sortez de ce métro ! Bande de sale arabe ! Rentrez chez vous ! ». Avoir à faire à ce genre d’individus en plein matin, et dans un contexte où tout le monde est dans le droit d’être inquiet, n’arrangeaient rien à la situation. Il voulait que je sorte et moi j’allais être en retard à mon lieu de travail. Il m’avait insulté de sale arabe, sans savoir de quelle origine j’étais, et en l’occurrence, pas arabe. Il m’avait donc agressé verbalement. Était-ce plus facile pour un homme de s’en prendre à une femme portant un foulard ? Et si le wagon du métro n’était pas remplit, aurait-il eu la lâcheté de m’agresser physiquement ? Devais-je m’inscrire à un cours de self-défense ? Devais-je lui répondre ? Mon cœur ne cessait de battre et les regards autour de moi étaient beaucoup plus forts que leur silence. N’y avait-il personne dans ce métro qui puisse faire comprendre à cet homme que je n’avais à voir ni avec les terroristes, ni avec le radicalisme ? Et où devais-je partir ? C’était donc cela que le peuple belge souhaitait ? Qu’une belge de confession musulmane s’en aille ? Mais où ?

Puis, avant même que je ne puisse répondre, une autre femme de confession musulmane, portant un long foulard et qui cachait tout son corps entra dans le même wagon, le Monsieur sans dire un mort, sorti furieux du métro. A mon avis, c’était pour lui, un peu de trop. La femme portait également un gros sac, et sans attendre qui que ce soit elle lança : « Pas de panique, je suis professeur de gym et c’est juste mon sac de sport ! ». Un soulagement général se fit sentir dans le métro et quelques regards indulgents se sont formés sur certains visages. Parfois, il suffit d’un regard ou d’une posture physique pour intimider, faire peur à autrui. Et cela semble devenir un quotidien que, nous, musulmanes, devons assumer. Pour quelles raisons ? Parce que nous avons décidé de porter un bout de tissu sur la tête… Et bien évidemment, il n’y cache que des cheveux… Cependant, je ne cesse de me poser cette question : Y a-t-il un avenir pour des citoyens de confession musulmane en Belgique ? Est-ce que nos libertés fondamentales vont être remises en cause ? Parce qu’au-delà du bout de tissu, il y a des préjugés qui vont augmenter ces actes islamophobes, ces discriminations présentes bien avant les attentats de Paris. Par ailleurs, y-aura-t-il de l’emploi pour les jeunes qui n’en trouvent toujours pas ? Parce que menace ou pas, cela ne change rien pour eux : ils cherchent à travailler. Enfin : Qu’est-ce que le gouvernement belge va faire, à propos d’un problème à la base de la conséquence du jihadisme contemporain, et qui s’articule sur la vente d’armes à ces pays dis « musulmans » ? Parce qu’il ne faut pas se leurrer : le problème est multiple et l’islam est un point qui est tout en bas de la liste.

Ijram Benaissa
Ijram Benaissa

BEN AISSA Ikram,

Ecrivaine.

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