Je voulais simplement vous souhaiter de bonnes fêtes….

Ikram Benaissa
Ikram Benaissa

En cette fin d’année qui implique le commencement d’une nouvelle, je voulais vous écrire, vous les citoyens belges, à la diversité multiples, aux origines diverses et aux identités plurielles. C’est sous le son intitulé « Hello » de la chanteuse Adèle que je vous écris, et ce choix n’est pas un hasard. En effet, comme son texte l’évoque, une cassure est apparue entre deux partis, quelque chose s’est brisée entre certains d’entre « vous » et certains d’entre « nous », une blessure s’est développé avec le temps et, à nouveau, comme Adèle, «je me demandais si après toutes ces années vous voudriez me rencontrer, aller au-delà de tout ce qui s’est passé. » En réalité, entre nous, c’est encore plus difficile, car nous n’avions jamais eu l’occasion de parler directement, parce que la rencontre ne s’est jamais faite. Pire : pas même une petite communication, juste des regards dans la rue et au sein des transports en commun. Pourtant, par le biais de terribles événements et même d’histoires anodines, mes identités ont été à plusieurs reprises évoquées. Forcément, avec tout ce qui s’est passé, comment ma seule et unique voix pouvait témoigner ? Pourtant, nous avons été plusieurs à s’en désolidariser, mais nous a-t-on réellement écoutés ?

Vous savez, comme vous, sur mes identités, j’ai du me renseigner, car il ne suffit pas de le vivre en interne pour pouvoir l’appréhender. Mon islamité ou encore mon statut d’enfant d’immigrés étaient ce qui revenaient le plus dans ce que l’on appelle « les problèmes contemporains ». Nous ne choisissons pas le milieu dans lequel nous naissons, ni même notre prénom, cependant, arrivé à un âge, il est possible de réaliser ses propres choix, et de prendre du recul sur certaines choses. J’ai donc réalisé cette démarche comme beaucoup d’autres, et vous savez quoi ? J’ai compris ma spiritualité, je l’ai trouvé belle malgré les atrocités qui se font en son nom. J’ai aussi regardé mes parents et j’y ai vu un héritage si précieux, que je ne pouvais pas les voir comme une malade contagieuse. J’ai donc compris, que nous n’avions pas les mêmes yeux pour regarder certaines questions… Que faire ? Dois-je délaisser deux parties de mon être pour que cela puisse fonctionner entre nous ? Oui, comme Adèle, je l’ai compris très tôt : « il y a des différences entre nous », mais ne pouvons-nous pas passer outre ? Est-ce réellement impossible de vivre avec mes diversités ? Suis-je réellement un problème dans le décor belge ? Je le ressens comme tel par moment…

Vous savez, je sais qu’il y a plusieurs problèmes au sein de la religion musulmane et aussi dans les traditions parfois inculquées aux autres générations. Je ne pourrais pas être complètement honnête avec vous si je n’admettais pas cela. Je sais qu’au sein de ma propre communauté de croyants, des gens que je ne rencontre pas souvent, il y a des personnes qui ne sont pas tolérantes, qui ont cette facilité à exclure les autres, je le sais, ils m’ont exclu aussi à un moment donné… Mais combien sont-ils ? Je n’en sais rien… Mais certainement pas majoritaire. Est-ce finalement important ? La haine de l’autre peut-elle réellement survivre face à la fraternité et l’ouverture vers autrui? Non, cela ne se peut… Alors, il y a des gens en interne qui font ce travail, mais nous n’entendons pas parler d’eux, de moi non plus. Malheureusement, nous n’entendons que ceux qui sont un problème, pour vous, comme pour nous. Il y a d’énormes réussites qui se sont réalisés ces dernières années au sein de personnes issues comme moi, de l’immigration et de cet islamité… Leur parent et grand parent ont fait du bon boulot, sans forcément connaître un seul mot des deux langues nationales…

Nous sommes tous dans notre routine, nous avons tous nos difficultés au quotidien, et lorsque j’entends les informations, cela ne me rassure pas. Je ne désire plus m’inquiéter et pourtant, j’ai l’impression que 2016 ne va pas oublier ces dernières semaines de l’an dernier… Je ne sais pas ce qui va se passer, et vous ? J’ai peur pour ma communauté et ce, même si je ne la connais pas complètement. A vrai dire, il me suffit de poser les yeux sur mes parents pour comprendre la crainte des personnes dans le même cas que moi, il suffit que j’ajuste mon foulard pour me demander si je peux être une belge, une occidentale avec des racines orientales et une confession musulmane. Je me suis tellement persuadée à inscrire dans mon esprit cette citation de Goethe : « L’orient et l’Occident sont indissolublement liés ». Mais je ne sais pas, j’ai l’impression, que nous sommes considérés comme les mauvais enfants de la nation belge. Je ne me considère pas comme tel, bien en contraire, je pense être une plus-value, comme tous les autres citoyens de ce pays. Mais est-ce que ce que je pense vous intéresse ? Oui, comme Adèle, j’ai difficile de ne pas parler de moi, prenez mon témoignage comme celui d’une personne appartenant à la diversité, car nous sommes plusieurs à ressentir ce que j’écris.

Ces dernières années, il y a une chose qui est restée gravé dans mon esprit : l’exclusion que j’ai pu rencontrer dans certaines situations, au sein même de la communauté musulmane. C’est la seule chose, selon moi, qui peut couper les liens entre les gens: il y a des cassures, et à ces personnes qui aiment exclure et qui me lisent, j’ai un conseil à vous donner : ne rejeter jamais l’autre parce qu’il pense différemment que vous sa spiritualité ou son mode de vie en générale. De même, à tous ces employés, à ces politiciens qui simplifient trop : ne mettez pas de côté une partie de la population belge, ne faites pas cette erreur pour cette nouvelle année à venir. Exclure n’est pas la solution. Il va falloir construire des ponts entre nous, c’est le seul moyen pour que cela puisse fonctionner. Nous avons des choses en commun, n’oubliez pas, il y a plusieurs éléments qui nous réunissent.

La diversité est une richesse, l’uniformité est la mort certaine d’une société, plusieurs penseurs l’ont évoqué dans leurs recherches. Changeons notre regard je vous prie, ces différences sont des chances et nous ne nous en rendons même pas compte… Comme Adèle, « je vous salue de l’autre coté », en espérant qu’un jour, il n’existera plus de « nous » et de « vous », mais seulement « nous ». Je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année…

BEN AISSA Ikram,

Écrivaine issue de l’immigration, musulmane de par sa confession.

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