Marocains du Monde: indignez-vous !

Hamid SOUSSANY
Hamid SOUSSANY

Avec le recul nécessaire force est de constater que le dossier des marocains de l’étranger semble frappé d’une paralysée incompréhensible, qui suscite indignation et colère légitime. Le dossier des MRE est devenu un terrain en jachère mais avec des vaches laitières bien généreuses.

Un triste constat, devant tant de mépris de l’Etat marocain à l’égard de la communauté marocaine de l’étranger. Alors que celle-ci a toujours été fidèle à la mère patrie en défendant ses causes et en contribuant d’une manière significative à son économie par le transfert annuel de plus de 60 milliards de dirhams, faisant du Maroc le 3eme pays au monde en termes de transferts d’argent de ses ressortissants.

Quatre ans après la mise en place de la nouvelle Constitution qui consacre quatre articles aux Marocains du monde, c’est le statu quo qui règne.  Nonobstant les incessantes interpellations de la société civile MRE, dans sa diversité et à l’occasion de ses différentes initiatives.

Ces articles, dont la représentation politique des MRE est la plus imminente, restent lettres mortes. La Tunisie, qui passe par une crise économique et politique profonde a su doter sa diaspora, estimée à 1,2 million, d’une représentation au sein de son parlement. Les autorités tunisiennes, avec les parlementaires sont entrain de mettre en place un conseil représentatif des tunisiens de l’étranger.

Le Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger n’a plus d’existence légale depuis décembre 2011… Aucune mesure de son renouvellement n’a encore vu le jour. Un conseil qui était l’objet de tant d’espérance, surnommé à un moment donné  »la maison commune de tous les MRE ». Il semble aujourd’hui épuisé, par l’inaction de ses membres nommés initialement pour 4 ans. Doté d’un budget dérisoire eu égard aux tâches qui lui sont fixées pour les 5 millions de MRE. L’augmentation de sa dotation budgétaire, voire même de sa survie, sont tributaires de l’urgence à se renouveler et de sa capacité à se rénover, qui passe par l’introduction d’une dose de représentativité significative et un mode de fonctionnement statutaire. Sous peine de devenir une officine de plus sans intérêt.

La Fondation Hassan II dédiée à la communauté marocaine de l’étranger, détient un triste record: son conseil d’administration n’est pas renouvelé depuis 1990 et aucune réunion n’a été tenue depuis 15 ans. C’est un outrage bokassien, avec un fonctionnement autocratique et opaque, au mépris des règles de transparence et de démocratie, que le Maroc moderne appelle de ses vœux dans le cadre de la bonne gouvernance.

Mais, il faut le dire aussi: ces injustices institutionnelles, n’ont été possibles que par les divisions qui rongent le tissu associatif MRE, et par l’attitude  »baltaji » de certains faux militants, qui parasitent l’espace public MRE et découragent les compétences. Il nous faut se rendre à l’évidence, la société civile MRE est à ce jour incapable de s’organiser, pour peser en lobby fort en mesure de parler d’une seule voix et imposer ses choix, alors que celle-ci regorge de compétences et de qualifications sur tous les plans.

Ces dernières semaines, des évènements tragiques d’une gravité extrême se sont déroulés devant nos yeux: au cœur de Paris, des tueries commises avec une grande cruauté, sont le fait essentiellement de jeunes issus de l’immigration marocaine. Ce fait qui représente une grave atteinte pour le vivre ensemble et qui jette le discrédit sur toute une communauté, devrait nous interroger sur l’échec de la politique migratoire marocaine et sur les failles qui ont permis cette dérive sanglante. Se contenter de dire que l’islam est une religion de paix est d’une légèreté aussi irresponsable qu’effroyable. Or, à ce jour, tous les acteurs de la société civile MRE ainsi que les institutions qui ont en charge la question MRE, ont été incapables de déclencher un véritable débat sur cette catastrophe humaine, dont les ondes de choc n’ont pas fini de retentir et de délivrer ses particules dévastatrices.

L’absence d’un véritable débat sur le fond accompagne donc, le vide institutionnel du dossier de l’immigration marocaine, cela va de pair.

Cette paralysie, voulue, par négligence ou par mauvais calcul par ceux qui ont la main sur ce dossier, est une erreur stratégique majeure dont le Maroc paiera les frais dans les années à venir, du moins dans le retard pris si réveil il y aura.

S’agissant de la société civile MRE, il est urgent que les forces vives et de progrès se manifestent, et s’indignent devant ce déni de justice. Ils doivent se prendre en charge, dans une démarche politique rationnelle et pragmatique, qui implique la négation de l’égocentrisme et l’abandon des guéguerres ridicules des communiqués et des coordinations faceboukiens, autour d’un consensus sur le minimum vital, pour refuser que leurs affaires continuent de servir les intérêts des lobbies politiques marocains au rythme des jeux de chaises, et ceux des néo-amicalistes qui se contentent de peu, et exiger avec force la levée du statut quo par la mise en œuvre immédiate des 3 réformes : la représentation politique, le renouvellement du CCME et celui de la fondation Hassan II.

A défaut, il nous faudra se résigner au deuxième constat, celui de ne pas être à la hauteur des enjeux actuels.

Hamid Soussany

Lire la autres articles de S.Hamid : https://goo.gl/CVsGFV

 

 

Publicités