Attitudes

(Suite et fin)

Said Chatar
Said Chatar

La pensée n’admet pas de restriction, de compromis. Ayons donc en face de la médiocratie une attitude, non de crainte et de résignation, mais de fierté, de colère et de résistance. Aussi opposons-nous contre tout ce qui est admis comme vérité par les médiocres.
Nous avons le devoir d’améliorer notre vie, le devoir de chercher le bien-être pour avoir plus de temps à consacrer à la défense de la justice, de la vérité  ; pour avoir une compréhension plus large de la vie qui nous donnera la force nécessaire pour l’œuvre de l’affranchissement que nous voudrions entreprendre. Quelle attitude aurons-nous en face de l’iniquité si nous manquons de courage et d’énergie, s’il ne nous reste plus de volonté  ? L’iniquité, elle, ne désarme pas. Elle compte sur nos faiblesses, sur nos désillusions, sur notre tergiversation, sur notre dispersion, sur notre égoïsme, pour nous dominer et s’imposer à nous.

Substituons aux attitudes de mensonge des attitudes de vérité, de force et de courage. Il ne faut pas s’enfermer dans la tour d’ivoire quand les cris des hommes parviennent jusqu’à nous  ; il faut sortir de soi, se mêler aux hommes sans se disperser quand l’injustice et l’iniquité entassent crime sur crime  ; quand il y a autour de nous de la misère et de la douleur  ; quand nous subissons le joug de la loi impitoyable et dure  ; quand la société nous interdit de penser  ; Comment ne pas se révolter, ne pas s’indigner  ? Ne pas protester, ne pas s’indigner, serait une attitude petite bourgeoise lâche et odieuse.

La pensée est un combat de l’action directe et vivante. Exprimons notre révolte par la pensée, suffisant à elle-même, ne faisant appel à aucune force étrangère, et constituant hors de l’injustice la vraie justice. Penser n’est pas un amusement  ; c’est un apostolat. Mais combien se prétendent des penseurs, qui ne sont que des courtisans plats et des politiciens. Penser, c’est décrire, analyser et expliquer l’iniquité au peuple pour qu’il puisse la comprendre et la rejeter en connaissance de cause. La pensée qui est à elle seule une propagande cesse où l’iniquité commence. La pensée nous commande d’agir pour ne pas adopter l’attitude des résignés. Elle nous pousse à être pensants et agissants.

L’attitude de sabotage des médiocres ne doit pas nous décourager, car la pensée est toujours victorieuse, même si elle parait vaincue. Il faut vivre avec la pensée que la justice a toujours le dernier mot. Alors on peut vivre, on peut lutter, on ne se résigne pas…  Se résigner à subir le sort des esclaves, plus coupables que leurs maitres, parce qu’ils se complaisent dans leur attitude d’esclaves, parce qu’ils acceptent leur sort, favorisent l’insolence et la tyrannie de leurs maitres, c’est accepter une vie d’impuissance et de crime. Car le crime, c’est de favoriser toutes les puissances de mensonge  ; c’est de se courber devant l’iniquité  ; c’est d’être un obstacle à l’affranchissement de tous, c’est de collaborer, par inertie et par indifférence à l’esclavage commun.

Face à cela, certains croient devoir répondre aux provocations par le cynisme. Il y a deux sortes de cynisme  : le cynisme des nouveaux bourgeois trabendistes crées par l’Etat et le cynisme des indépendants. Le premier pousse les dirigeants à être prétentieux et hautin, à violer les lois qu’ils ont faites, à en imposer de plus dures au peuple. Il fait naitre le chantage. Il se moque des individus et joue avec leurs sentiments, leurs passions, leurs intérêts. Le cynisme des indépendants est tout autre  : il consiste à résister aux nouveaux bourgeois trabendistes et leurs dirigeants jusqu’au bout, à dévoiler les marchandages et les trafics de leurs politiciens, à adopter en face de la morale trabendiste, une attitude de révolte, de dédain et de mépris.

La société d’aujourd’hui complique la vie de chaque jour, abrutit l’individu et le réduit à l’esclavage. Au lieu de faciliter la tâche de chacun d’entre nous, elle la rend chaque jour plus pénible, imposant des lois mal faites, des règlements qu’inspire la mauvaise foi. Alors éliminons tout ce qui est contreproductif et n’est d’aucune utilité à notre œuvre. Ne suivons pas l’exemple que nous donnent les esprits rétrogrades, routiniers. Evitons les petites combinaisons qui réduisent les nobles conceptions de l’existence. Partout, nous ne voyons que des complications soigneusement entretenues, difficultés accumulées à plaisir, boycottage de la pensée et de l’action. On oppose l’inertie et la routine au progrès. Partout où l’homme qui remplit une fonction sociale ou qui veut contribuer au développement socio-économique, politique et culturel du pays, trouve l’hostilité et la haine. On complique son existence en lui imposant une paperasserie inutile, des gestes qui n’ont aucune raison d’être.
Ceux qui dirigent n’ont pas pour eux le bon sens  ; «  petits  » ou «  grands  », ils font peser sur leurs subordonnés leur lourd pédantisme, leur inconscience aveugle, leurs habitudes routinières  ; bref, ils veulent appréhender le monde nouveau avec des idées révolues dans un cadre social dépassé. Aussi devons-nous retenir l’essentiel et nous détacher de ce cadre dépassé en procédant à l’élimination de ses complications, de ses gestes inutiles de notre existence, qui conduisent fatalement la société à l’extinction. En nous détachant complétement de ce cadre à tous les niveaux, nous pourrions alors envisager une nouvelle identité, une nouvelle culture et une nouvelle société.

Il faut nous passionner pour ce qui est essentiel, juste et vrai. Car, si nous n’abandonnons pas la haine, l’injustice, l’incohérence, le sabotage, l’intolérance, le fanatisme et l’obscurantisme, si nous ne nous débarrassons pas des dirigeants et des responsables dont la vie n’a qu’une signification égoïste et étroite, si notre société ne s’ouvrira pas aux autres cultures et ne subira pas l’influence de celles-ci, si nos penseurs ne perçoivent pas  dans le culte et la culture la vitalité qui pourrait adapter la société à la vie, alors que restera-t-il  ? Rien, à part les cadavres vivants, les fantômes, les mannequins, les vestiges des mosquées, des centres commerciaux et des épiceries…

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